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mardi, janvier 04, 2005

De la connexité sociologique suivi du développement endogène et du cyberespace

La connexité, fondement de la nouvelle ressource spatiale francophone.



Les technologies de l’information et de la communication ainsi que la révolution numérique nous font entrer, nolens volens, dans une nouvelle ère. Dont la caractéristique centrale est le transport instantané de données immatérielles. Et la prolifération des liaisons et des réseaux électroniques. Internet constitue le coeur, le carrefour et la synthèse de la grande mutation en cours. Les autoroutes de la communication sont à l’ère actuelle ce que les chemins de fer furent à l’ère industrielle : de vigoureux facteurs d’impulsion et d’intensification des échanges. Ignacio Ramonet, Monde diplomatique, Avril 2000. [1] (http://www.monde-diplomatique.fr/2000/04/RAMONET/13688) Roncevals : acte II

Le tocsin sonne dans toute la francophonie. Les cerveaux, le nerf de la guerre de la nouvelle économie, répondent de plus en plus à l’appel des paradis anglo-saxons, particulièrement américains. En effet, dans un rapport déposé au Sénat français, dénommé le rapport Poncet (1999 – 2000), l’alarme semble être donnée quant aux menaces de l’époque et d’aujourd’hui qui affectent la France : la déroute économique résultant de la fuite des cerveaux (brain drain). Plus précisément, le rapport met en exergue un phénomène plus fondamental : le départ des ressources stratégiques formées en gestion des nouvelles technologies de l’information et de la communication :

Le phénomène serait d'autant plus préoccupant qu'il concernerait au premier chef des cadres et des entrepreneurs formés aux nouvelles technologies de l'information. S'il est un secteur stratégique pour la croissance de demain, un secteur où la capacité à attirer les meilleurs sera un élément décisif de la compétitivité des pays, c'est bien celui des nouvelles technologies de l'information [2] (http://www.senat.fr/rap/r99-388/r99-388_mono.html)

L’importance du phénomène est telle que les auteurs du rapport comparent le phénomène à « la troisième vague d'immigration française après celles provoquées par la révocation de l'Edit de Nantes puis par la Révolution française ». On ne peut être plus clair par rapport à l’ampleur du problème.

À l’autre bout de la galaxie francophone on entend sonner aussi l’olifant des pays membres du sud qui accusent difficilement le coup de cette ponction vitale. Les chiffres, en regard du niveau de développement de ces pays, sont alarmants. En effet, un rapport du Breda -UNESCO (Bureau régional pour l’Éducation en Afrique ) de 1998 fait état de 30.000 titulaires de Doctorat africains exerçant hors du continent africain. [3] (http://www.refer.sn/imprimer568.html)

La brillante étude menée par Abdoulaye Gueye ([4] (http://www.arts.uwa.edu.au/MotsPluriels/MP2002ag.html)) et titrée « Un objet d’étude surréaliste, la fuite des cerveaux africains » nous offre une perspective limpide quant à l’utilisation du concept de fuite des cerveaux. J’y renvoie le lecteur afin de mieux m’occuper de la problématique fondamentale qui m’interpelle c’est-à-dire l’obsolescence de l’objet « fuite des cerveaux » face à l’augmentation de la connexité et la positivisation de la dispersion par la réalité de la nouvelle économie.

De l’économie du futur, de la connexité et de la dispersion : le nouvel environnement de la francophonie.


Nous voulons susciter ici un autre type de regard sur cette problématique de la « fuite des cerveaux » à laquelle nous préférons le concept de mobilité des cerveaux. Nous posons d’emblée que la nouvelle géographie (ubiquité du sujet, asynchronicité des communications) proposée par l’avènement du cyberspace est à la source d’une transversalité relationnelle qui doit, nécessairement, être la réponse francophone à la nouvelle économie ou plus précisément « économie de contenu ». En effet, le nouveau territoire ou l’espace de « la société sans frontière », le cyberspace, devrait permettre à l’espace francophone de mobiliser les ressources de son marché naturel (consommateurs et producteurs) et d’en tirer le maximum de profit. Cette nouvelle donne s’explique par le fait du contenu (idées, informations) qui s’inscrit dans la colonne matière première de la nouvelle économie et du fait de la langue en tant que logiciel (espace de transport) de ce contenu. Autrement dit, si la part des transactions commerciales observées dans la planète augmente dans le cyberspace (3200 milliards de $USD en l’an 2000), il devient important pour les décideurs francophones de considérer ce marché comme un espace de rentabilité essentiel. D’ailleurs, Microsoft l’a tellement bien saisi qu’elle a mis au point, par le biais de MSN, le concept de la « Carte blanche » qui finance la création de contenu francophone afin d’augmenter ses parts de marché dans le marché naturel de la francophonie.

Au delà de la démonstration du caractère substantielle des échanges se passant dans et par Internet, nous attirons l’attention sur la manière dont les décideurs doivent voir Internet et le cyberspace. Certes, espace et canal de transmission et d’échange mais lieu de la cristallisation d’une forme de pensée développementale. En effet, là où la Francophonie n’était qu’un agrégats de pays liés par la langue et l’histoire émerge une Francophonie noétique dont l’ensemble des ressources ont le choix d’intégrer un réseau collaboratif et identitairement intéressant. Une Francophonie éclatée dont la richesse essentielle se retrouve dans les apports divers de l’ensemble de ses ouailles. La dispersion qui était un problème central dans la mobilisation des forces développementales et l’exploitation des ressources francophones devient un atout pour plusieurs raisons, notamment :

- l’interpolarité relationnelle en matière de production - la transculturalité de la création francophone - La multipolarité de la veille stratégique - l’asynchronicité de l’offre - l’augmentation de la capacité francophone en matière de veille stratégique - Augmentation du capital d’intelligence collective de la Société francophone

Cet ensemble de concepts provenant de notre cru ou empruntés à Emmanuel Mung sont les éléments d’une stratégie de recherche visant à mettre en place des modèles d’intervention efficients dans cette économie de contenu. Le premier élément de réflexion est la prise en compte de la Francophonie connectée comme une ressource spatiale (Mung, 2002).

La Francophonie, une nouvelle ressource spatiale.

Il nous importe d’apporter une précision fondamentale : notre observation vise la Francophonie connectée. Qu’importe le nombre de pôles connectés (et le sacro-saint problème de la fracture numérique), ce qui est posé et qui est essentiel ici c’est l’interconnexion des cerveaux francophones dans un espace déterminé et orienté vers l’augmentation de l’offre noétique de la zone dans la dynamique de la nouvelle économie. Pour mieux saisir la problématique, interrogeons la théorie de Ma Mung (Emmanuel Mung) sur la nouvelle fonction de la diaspora et transposons là à l’échelle de la zone. Tout d’abord, la nouvelle géographie issue de la connexité configure l’espace francophone comme une ressource :

Lorsqu’une certaine disposition dans l’espace permet des réalisations difficiles à exécuter dans une autre situation, cette disposition spatiale devient une ressource – et l’on pourrait ajouter en jouant un peu des mots qu’elle devient une disposition sociale puisqu’elle va être l’argument justifiant une certaine façon de se concevoir comme corps social. Une ressource spatiale est alors une disposition dans l’espace susceptible d’être utilisée par les sujets à leur profit. (Ma Mung, 2001)

Autrement dit, la Francophonie connecté devrait être considérée comme un corps social dans la mesure où l’ensemble des sujets francophones, dans une situation d’économie de contenu, doivent être perçus comme un corps social dynamique. Il n’est donc plus question de cette francophonie éclatée dont la nature réelle est politique. Il s’agit de la Francophonie des cerveaux connectés et qui collaborent dans une langue très intéressante, le français, et qui se nourrissent de la diversité culturelle. En effet, le francophone de la Silicone Valley pourrait apprendre de celui du Canada ainsi que de celui de Dakar et ainsi augmenter l’offre francophone en minimisant les obstacles temporels et physiques. Un centre de veille mondiale francophone pourrait jouer le rôle de catalyseur de cette dynamique. Cette proposition, objet d’une recherche en cours, sera présentée aux instances francophones afin que la mobilisation des ressources soit au rendez-vous de cette économie émergente.

Finalement et en guise de conclusion de ces réflexions, les alertes qui nous parviennent du fin fond de la Francophonie devrait susciter la réflexion et non le découragement ou la peur identitaire. Elles doivent pousser le corps social francophone vers l’innovation, la réflexion et une praxis moderne. Le temps du « boostrapping » (Doug Engelbart), pour parler français est arrivé en Francophonie, comme il est de plus en plus question chez nos principaux concurrents (Etats-Unis et autres nations anglo-saxonnes). Il nous est interdit de le rater.


Moussa Sarr, Ph.D. Communautique et intelligence collective

Publié dans l'Année Francophone Internationale, 2005



Développement endogène et cyberespace :la Francophonie"tierce"à l'heure du défi d'Internet

Moussa SARRDoctorant (Ph.D) en sociologie des technologies de l'information et de la communication
Département de sociologieFaculté des sciences sociales,Université Laval (Québec, Canada) mkaltz@aol.com
(1998)

Le succès d'Internet dans les pays développés comme prototype d'infrastructures globales de communication pose le problème des modalités de son extension aux pays en développement. Les tentatives d'intégration des réseaux du Sud au modèle de développement informationnel proposé sous le label"autoroutes de l'information"se heurtent au retard structurel du secteur des télécommunications dans les PVD.Dominique Desbois,www.ufrinfop6.jussieu.fr/~creis/serveur/journal/is98desbois.html
Dans les années à venir, comme le prédisent un certain nombre de chercheurs tels que Michel Cartier (1999, www.mmedium.com/dossiers/2005) et Pierre Levy (Cyberculture, Rapport au Conseil de l'Europe, dans le cadre du projet"Nouvelles technologies: coopération culturelle et communication", Éd. Odile Jacob, 1997), nos sociétés vont être au cœur d'une transformation historique fondamentale.
Le spectacle de la communication planétarisée sera au cœur de nos actions quotidiennes. Le tout à la communication deviendra un modus vivendi pour toutes les nations, surtout avec l'avènement du Global market place. Cette réalité est au cœur des préoccupations des dirigeants de la Francophonie qui, conscients de cette tendance lourde, ont décidé de mettre les pays membres de l'organisation au diapason de cette nouvelle aventure humaine. De HanoÔ à Monaco, en passant par Montréal et Moncton, ils ont fait preuve de clairvoyance et de maturité. Cependant, il apparaît que l'offre développementale, à ce niveau, ne corresponde pas à la demande sociale; et que pour y pallier il faut interroger les modèles pertinents qui se configurent dans cet espace. En fait, à la différence de l'idéologie profane qui croit que la dimension fondamentale du mal développement de la Francophonie tierce est dans le retard infrastructurel, nous affirmons que la question est fondée beaucoup plus par la dynamique relative de l'intelligence collective de notre espace. La réflexion sur ce qui se passe réellement en Francophonie doit toujours être et sera, cette fois-ci, le levier stratégique de notre positionnement dans ce nouveau monde, en perspective. Le cas du Sénégal comme exemple d'un membre de la Francophonie tierce est intéressant. Il nous permet de mesurer l'incidence du déploiement des nouvelles technologies de l'information dans le conditionnement de l'économie.
Ce pays, avec une stratégie très claire depuis 1989 adopté dans l'étude dite Prospective 2015 (Matar Seck, Infrastructures et politiques, Document produit pour l'Observatoire sur les systèmes d'information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal, Sénégal, 1999), est aujourd'hui en phase de réussir le pari des télécommunications comme facteur de développement socio-économique.
Cet article se donne, a priori, comme objectif d'interpeller l'intelligence collective (Pierre Lévy, op.cit., p.32) de la Francophonie. En effet, il est central que la réflexion sur les politiques soit une activité collective et permanente, une activité de veille (il nous semble pertinent que la Francophonie soit doté d'un outil de veille stratégique, car les périodes de bilan sont souvent inadéquates face à la vitesse des événements qui nous interpellent), puisque l'hypermodernité dans laquelle nous entrons est un espace où la réflexion doit être permanente dans la mesure où les mutations sont devenues des réalités du quotidien. Rien n'est acquis et tout se construit dans une dynamique socio-historique sans commune mesure avec ce qui s'est fait lors des révolutions antérieures comme celle de l'imprimerie et de la vapeur. C'est pour cette raison que nous proposons au lecteur une saisie diachronique de cette dynamique fondamentale qui affecte notre espace commun. Trois niveaux d'analyse seront explorés afin de nous permettre de mieux comprendre les dynamiques stratégiques qui fixent certaines dimensions de l'évolution de la Francophonie:
Le renforcement de la Francophonie par le biais d'une stimulation de la solidarité entre les partenaires du centre et les pays en développement membres. Ceci se fera à partir de l'analyse des politiques d'implantation infrastructurelle comme levier de la solidarité de zone.
La lecture scientifique de cette problématique à partir des théories du développement international et, surtout, l'intérêt de l'approche du développement endogène tel que défini par Dominique Desbois (inforoutes et développement: les enjeux de la mondialisation).
La modélisation d'un cas intéressant en Francophonie: le Sénégal.
DU RENFORCEMENT DES INFRASTRUCTURES COMMUNICATIONELLESen Francophonie comme levier de sa consolidation socio-économique et identitaireSi le futur sera celui du contenu, le présent est au développement des infrastructures. En effet, tous les analystes sont clairs là-dessus, le développement socio-économique est corrélé à une pénétration conséquente des télécommunications (Dominique Desbois, 1998). Point n'est besoin de tergiverser sur la question, surtout dans le cadre de la Francophonie, car les nouvelles technologies, surtout Internet, représentent un outil stratégique de consolidation économique et identitaire. Dans un article au titre fort révélateur,"Information technology, Globalization and Social Development", Manuel Castells (Information Technology, Globalization and Social Development, Paper prepared for the UNRISD Conference on Information technologies and Social Development, palais des Nations, Geneva, 22-24 June 1998) soutient que Internet est un outil stratégique de développement. Ce qui veut dire que le déploiement d'Internet dans les espaces non nantis de la Francophonie est fondamental en ce qu'il permet aux opérateurs socio-économiques de la zone de pouvoir commercer (dans son sens le plus noble, c'est-à-dire échanger des biens, mais aussi des outils de solidarité) entre eux et de développer une réelle solidarité francophone. En effet, le développement des infrastructures en francophonie permettra la réalisation effective d'un espace de solidarité qui ne s'arrête pas qu'à des principes institutionnels, mais plutôt à une réalité interactionnelle où l'ensemble des acteurs (les opérateurs économiques, les chercheurs, les populations) peuvent, à tout instant, apprendre, chercher, échanger, etc., dans un cadre de référence qui leur est commun.
Ce déploiement infrastructurel qui conditionne celui d'Internet est au cœur des stratégies de développement, comme le révèle Michel Elie dans un résumé fort pertinent sur le rôle d'Internet dans le développement socio-économique. L'auteur affirme qu' :
"[Il] existe une relation entre le déploiement de l'Internet dans les différents pays du monde et le niveau de développement de ces pays: l'étude des statistiques concernant la taille du réseau dans chaque pays sur les deux dernières années permet de mettre en évidence certains facteurs qui favorisent ou freinent la progression de l'Internet à ce niveau. Une corrélation apparaît entre le nombre de sites Internet dans un pays et son niveau de développement, analogue à celle que montre la classique courbe de Jipp (1963) (www.ufrinfop6.jussieu.fr/~creis/serveur/journal/is98desbois.html) entre le nombre de lignes téléphoniques principales et le niveau de développement."
Cette fonction des télécommunications comme outil de conditionnement du développement est analysée d'une manière plus conséquente par Dominique Desbois qui oppose cette approche à la fameuse théorie de Rostow en posant que :
"Dans le cycle du développement de Rostow, l'importance des télécommunications s'accroît avec la montée en puissance de la production industrielle et la complexification des échanges qui en résultent. Le développement des activités marchandes induit un accroissement des volumes d'information générés par les transactions, les services de télécommunications interviennent comme supports d'échange d'information entre agents économiques."
L'obsolescence de la théorie de Rostow est au cœur de la réalisation de l'intelligence collective, car son acceptation par les penseurs est une condition fondamentale de l'émergence d'une nouvelle vision de la coopération intrazonale. En effet, les réceptacles d'hier deviennent et doivent impérativement devenir, aujourd'hui, des participants actifs de la consolidation de notre marché naturel. Il ne s'agira plus de faire de l'aide internationale mais d'assurer d'une manière volontaire la dotation infrastructurelle d'un ensemble de pays qui deviennent des maillons essentiels de l'ensemble francophone. Ce qui veut dire que le progrès technique et la croissance en Francophonie tierce ne doivent plus être considérés comme des variables exogènes mais des facteurs endogènes essentiels pour le développement de la zone. Ce point de vue, central dans notre analyse, est corroboré par Desbois qui observe que :
"L'approche du développement économique proposée par Rostow se situe dans la ligne des théories classiques de la croissance fondées essentiellement sur la dynamique d'accumulation du capital (à travers des indicateurs comme le pourcentage des investissements en télécommunications dans la formation brute de capital fixe, considérant le progrès technique et la croissance comme des variables exogènes."
Il devient donc de plus en plus évident que nos réflexions doivent se tourner vers une analyse plus systémique. Considérer le développement des pays francophones tiers comme une utopie serait considérer la Francophonie de 2005 (Michel Cartier, 1999) comme la défaite de la Francophonie. En effet, l'exigence d'une philosophie développementale nouvelle est une réalité. L'utilisation d'un nouveau modèle de lecture nous permet de circonscrire plus aisément les nouvelles tendances dont la théorie du développement endogène que Desbois définit ainsi :
"Si les théories classiques de la croissance postulent la décroissance de la productivité marginale du capital, la théorie de la croissance endogène affirme qu'il suffit d'une productivité marginale constante pour pouvoir observer une croissance auto-entrenue. D'une part, la théorie de la croissance endogène intègre dans sa modélisation une diversité des sources potentielles, des sources de croissance (recherche et innovation technologique, division du travail, capital humain, capital physique), permettant une meilleure prise en compte des interactions entre télécommunications et développement économique.
La théorie endogène de la croissance s'oppose à une vision des rôles des télécommunications en aval de la phase du décollage économique et incite à recentrer la problématique des interactions sur l'hypothèse que le déploiement des infrastructures de télécommunications doit accompagner le développement économique, l'exemple de la France des années 60 illustrant la pertinence d'une telle approche."
Cette pertinente observation théorique est justifiée par les performances du Sénégal qui s'affiche, de plus en plus, comme un pays francophone tiers réussissant le pari de son insertion dans la société informationnelle. À ce propos, Olivier Sagna, dans un Draft destiné l'UNRISD (État de l'art sur les technologies de l'information et le développement social au Sénégal (Draft), United Nations, Research Project on Information Technologies and Social Development, New York, 2000) est tout à fait clair quant à l'accès de ce pays dans le nouveau monde. Il dira :
"[Si] l'on prend en considération le développement de l'infrastructure et des services de télécommunications, la multiplication des radios privées, la connexion aux autoroutes de l'information et l'utilisation croissante de l'information dans les différents segments de la société, on peut dire que le Sénégal a fait son entrée dans la société de l'information à la fin des années 80".
LES CHOIX STRATÉGIQUES DU SÉNÉGALun modèle de réflexion pour le déploiement de l'intelligence collective francophone
Dans un rapport sur les Infrastructures et politiques au Sénégal, Matar Seck (op.cit.) démontre la pertinence des politiques de déploiement des télécommunications au Sénégal, et par la suite d'Internet, en focalisant son propos sur les orientations de l'étude prospective 2015 adoptée en 1989 où il était question d'une politique avant-gardiste de développement"d'une civilisation de réseaux". Mais, c'est surtout lors des Journées sénégalaises des télécommunications (15 au 18 juin 1983) que l'auteur du rapport fixe les véritables fondements de la nouvelle politique télécommunicationnelle du pays. En effet, c'est lors de ces assises que l'État s'est résolument tourné vers la mise en place d'infrastructures opérationnelles, en vue de doter le pays d'une véritable politique de développement télécommunicationnel. Plusieurs textes réglementaires en fixent les contours: la loi 96-03 du 22 février 1995 portant sur le code des télécommunications et la loi régulant le démantèlement de la SONATEL (Société nationale des Télécommunications au Sénégal). Mais, c'est surtout les choix stratégiques gouvernementaux qui ont réellement dopé la politique de pénétration infrastructurelle. À ce niveau, il faut admettre que le gouvernement d'alors avait une bonne vision prospective des enjeux du futur. Ce qui en résulte, c'est l'excellence des indicateurs économiques sur l'apport des TIC dans la formation du produit intérieur brut. Des résultats qui sont le reflet de la consolidation de l'espace francophone (Matar Seck, 1999) :
"En 1996, le chiffre d'affaires des télécommunications représentait 2,6% du PIB. Ce taux, dit-il, élevé (pour un pays en développement), est caractéristique d'un pays où le secteur des télécommunications est dynamique et a atteint un niveau de développement optimal par rapport aux autres secteurs de l'économie. En effet, le secteur des télécommunications représente en moyenne 1,7 % à 2,8 % du PIB dans la plupart des pays industrialisés."
Ce qui veut dire, en dernière analyse, que le développement infrastructurel en Francophonie est non seulement une priorité d'ordre économique (industrielle et culturelle), mais qu'elle s'inscrit dans la consolidation sectorielle de l'espace francophone en vue de la guerre des contenus qui s'amorce déjà dans le cyberespace.

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